Lutter contre la logique du profit : pour une agriculture équitable et démocratique !

Intervention de Fabian Molina, président de la JS Suisse

Le 10 mai dernier, l’assemblée des délégué‑e‑s de la JS Suisse a approuvé un papier de position pour une politique agricole sociale et écologique. Notre objectif explicite est la souveraineté alimentaire. Bien que les forces productives soient en place et qu’il y ait plus qu’assez de nourriture pour tous les êtres humains, il y a toujours plus de 800 millions de personnes qui souffrent de la faim. À l’échelle mondiale, les conditions de travail dans le secteur agricole sont tellement précaires que la pauvreté et la famine sont très répandues parmi la main-d’œuvre agricole. Pour la JS, une chose est claire : sans lutte contre la logique du profit qui règne dans l’agriculture et sans combat pour le droit à la participation aux décisions sur l’agriculture, il n’y aura ni production, ni commerce équitable pour tout le monde.

Voici deux exemples pour illustrer ce propos :

En Suisse, les employé‑e‑s agricoles ont des semaines de 66 heures de travail avec des salaires extrêmement bas, alors que leurs conditions de travail comptent parmi les plus dures. Leur travail n’est pas couvert par la loi sur le travail, donc, ils n’obtiennent pas de majoration de salaire pour le travail de nuit, pas de compensation de temps ou autre protection. Il n’y a pas de convention collective de travail (CCT) à l’échelle nationale et les disparités sont énormes.

Les employé‑e‑s agricoles étrangers reçoivent un permis de travail pour quelques mois, ils ont des salaires de misère, résident dans des locaux immondes et leur situation est dégradante. Ensuite, on les renvoie dans leur pays d’origine.

L’objectif de l’agriculture devrait être l’approvisionnement des humains avec de la nourriture, mais en ce moment, l’être humain n’est manifestement pas au centre de l’intérêt. L’actuelle situation profite uniquement à quelques intermédiaires et distributeurs qui font des bénéfices importants.

L’initiative pour la souveraineté alimentaire nous permettrait de redresser cette situation insoutenable. L’alinéa 6 de l’initiative stipule par exemple : « Elle [la Confédération] porte une attention particulière aux conditions de travail des salariés agricoles et veille à ce qu’elles soient harmonisées au niveau fédéral. »

Grâce à cette norme, le secteur agricole serait enfin obligé de régler les conditions de travail à l’échelle nationale, soit par une CCT, soit par une subordination à la loi. Il y aurait un mandat constitutionnel pour instaurer des conditions de travail équitables – ce serait une avancée énorme.

J’en viens au deuxième exemple pour démontrer la nécessité de cette initiative : le marché mondial des denrées alimentaires est déchaîné et nous devons lui imposer des règles démocratiques et sociales, afin de lutter contre la faim et la pauvreté. Au cours des dernières années, une poignée de multinationales ont acquis un pouvoir de marché énorme. Par exemple, les quatre plus gros négociants en céréales contrôlent entre 75 et 90 % du commerce international de céréales. Quelques multinationales qui commercialisent des matières premières agricoles et des denrées alimentaires ont leur siège en Suisse, notamment les deux géants Nestlé et Glencore. Ils pratiquent un commerce irresponsable, générant d’importants bénéfices en exploitant les humains et la nature dans d’autres pays. Parallèlement, des groupes financiers suisses, comme Credit Suisse et UBS, accroissent les coûts en spéculant sur les prix des denrées alimentaires de base. Leurs pratiques augmentent la faim dans le monde et détruisent les moyens d’existence de millions de petits paysans dans le tiers monde.

Avec l’initiative Stop à la spéculation sur les biens alimentaires, nous avons déjà engagé la lutte pour une agriculture équitable à l’échelle mondiale. L’initiative pour la souveraineté alimentaire est la suite logique sur ce chemin vers une agriculture plus juste. De façon démocratique, nous voulons fixer des règles du jeu claires pour la production et le commerce avec les denrées alimentaires, nous luttons contre la logique du profit pour améliorer les conditions de vie partout dans le monde.

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