Ce cri du cœur pour l’égalité

Je lui ai donné rendez-vous sur une petite terrasse bien connue et appréciée des étudiant-e-s Lausannois-e-s. Juste à côté du Palais de Rumine, je la cherche du regard, jusqu’à ce qu’elle me fasse un grand signe de la main. Je fais rapidement connaissance, car je ne l’avais jamais rencontrée jusqu’alors. La discussion devient très vite familière ; c’est une jeune fille pétillante avec qui la conversation est facile et agréable.

Une fois notre commande passée, nous commençons l’interview. Elle s’appelle Louisa Becquelin, elle est illustratrice depuis 8 ans. Elle se dit adepte de la culture underground, un terme un peu fourre-tout mais qui me plaît bien, tant il représente cette culture et ces gens qui critiquent un peu l’ordre établi.

Si j’ai repéré Louisa (ou Louiza, son nom d’artiste), c’est parce qu’elle réalise un blog nommé « Oui, féministes » (http://oui-feministes.tumblr.com/) qui a pour but de rassembler des portraits divers et variés d’individus qui se considèrent comme féministes. On y découvre un féminisme pluriel, des questions ouvertes qui demandent une réflexion personnelle toute particulière. J’admire cette démarche. Je lui demande d’où lui est venue cette idée, pourquoi l’a-t-elle lancée maintenant.

Louisa prend le temps de m’expliquer que lorsqu’elle était adolescente, quelque chose la dérangeait mais qu’elle était incapable de mettre le doigt dessus. C’est en grandissant qu’elle comprit que c’était le sexisme qu’elle subissait, qu’elle voyait. Elle relève la nécessité de dire les choses, de ne pas se taire. Selon elle, l’image de la féministe est ternie : non, une féministe n’est pas chieuse, frustrée ou lesbienne. Elle le prouve avec brio en réalisant ces portraits de personnes tout à fait ordinaires mais qui s’engagent toutes à leur manière. Pour que tout aille mieux, « il faudrait que tout le monde s’écoute », me lâche-t-elle modestement. Elle a probablement bien raison, et sa voix a donné un bel écho qui a plu aux lecteur-trice-s de « Oui, féministes ». Même Rebecca Ruiz, conseillère nationale PS, y aura partagé un peu d’elle-même avec un profil.

Elle aurait pu choisir d’illustrer sa version du féminisme, de faire parler ses talents artistiques avec un pinceau. Elle a choisi la parole des autres. Selon Louisa, il aurait été « trop prétentieux » de le faire seule, d’imposer sa seule opinion par son dessin.

Louisa n’a pas de définition unilatérale du féminisme. C’est pour cette raison que dans ses portraits, elle demande systématiquement quelle est la vision de chacun-e vis-à-vis du féminisme. Des réponses évidemment toutes différentes et sincères. Mais elle n’a pas rempli elle-même de portrait, alors je me permets de lui demander quelle est SA vision du féminisme. Elle prend un regard un peu plus sérieux, se repositionne légèrement sur son siège et me dit que sa lutte concerne aussi les hommes discriminés autant que les femmes. D’un air presque révolté, elle complète : « Chacun fait ce qu’il veut en fonction de ce qu’il est. Si tu veux mettre des paillettes et que t’es un mec, tu t’en fous quoi ». Sous cette phrase qui prête à sourire se cache donc une femme révoltée, pour qui être soi-même est un essentiel pour vivre heureux-se.

Elle exprime malgré tout un petit regret : elle aurait souhaité que son blog touche davantage de milieux différents. D’ailleurs, elle réfléchit actuellement à modifier le concept de celui-ci, afin d’amener un projet nouveau. Je me réjouis de voir ce qu’elle nous prépare.

S’en suit une petite discussion décomplexée sur son parcours de vie. Une formation artistique, pas mal d’expériences professionnelles, trois années de vie dans la capitale française, à Montmartre. « Un peu bobo », me complète-t-elle en riant. Je n’hésite pas, à plusieurs reprises, à la taquiner avec ce terme, auquel elle s’identifie facilement.

Sur la fin de l’interview, elle me soufflera que la politique n’est pas son monde et qu’elle ne pourrait pas directement s’impliquer dans un parti. Elle n’y trouverait simplement pas sa place. Elle reste néanmoins persuadée que son engagement quotidien et ses différents projets sont des rouages importants pour changer les choses. J’abonde tout naturellement. Elle tient aussi à me rassurer : elle vote à gauche…. Ouf !

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