Sophie Hugli

Arrêtons de médiatiser le terrorisme !

Nous sommes encore une fois dans un contexte d’actualité triste. Comme vous le savez certainement, nous sommes au lendemain d’un nouvel attentat terroriste, cette fois-ci à Bruxelles, qui a touché un aéroport et une station de métro, et fait 30 morts et plus de 200 blessés. Cet attentat a été revendiqué par daesh. Il fait suite aux attentats de Paris, contre la rédaction de Charlie Hebdo d’abord, contre le Bataclan plus tard, ainsi qu’aux attentats d’Ankara, pour ne citer que les plus médiatisés. En lisant la presse bourgeoise, il ne se passe pas un jour sans que ces thèmes soient relayés dans les médias, ce qui contribue à créer une atmosphère de peur et de méfiance.

Bien sûr, ces attentats meurtriers sont choquants et nous ressentons le besoin d’en parler. Cependant, la médiatisation très importante de ces attentats est précisément ce que les terroristes recherchent, encore plus que le nombre de victimes. Ils cherchent à nous affoler et à nous maintenir dans ce climat de peur et de haine. Et à l’heure où l’extrême droite rabâche que l’immigration est le problème et la fermeture des frontières la solution…. la stratégie des terroristes fonctionne! Nous n’avons pas besoin aujourd’hui de nouveaux articles relatant les attentats et les crimes de daesh, sans aucune analyse. Cependant, nous constatons que la presse bourgeoise s’est unanimement rangée derrière les positions de l’UDC. Ces articles enrichissent les actionnaires de la presse bourgeoise, mais ils ne nous apportent que haine et division. Le climat de peur généralisée qui en découle permet à nos gouvernements de faire passer des lois liberticides que nous n’aurions jamais acceptées sous d’autres conditions, telles que l’état d’urgence en France ou la Loi sur le Renseignement en Suisse.

Nous devons aussi nous poser la question, en tant que socialistes, de l’écho que nous amenons aux articles réactionnaires sur les attentats. Lorsque nous relayons ces articles, ne contribuons-nous pas au climat de peur et de tensions ? Lorsque nous publions des « Pray for Paris » sur Facebook, dans une volonté compréhensible de solidarité avec les victimes, ne risquons-nous pas de rentrer dans le système?

Nous avons besoin d’articles de fond analysant les causes et les origines de la montée du terrorisme. Nous devons nous pencher sur les conditions socio-économiques de misère sociale qui poussent des jeunes de nos pays à partir se battre pour daesh. Nous devons nous rebeller contre le discours haineux de l’extrême droite, qui stigmatise les musulmans, clive la population, et pousse à la violence. La politique d’austérité imposée à toute l’Europe, l’effondrement du système d’aides sociales en raison de la recherche effrénée du profit par les capitalistes, et le racisme prôné par l’extrême-droite: voilà pourquoi tant de jeunes sont désespérés et prêts à tout, même à partir au djihad. La situation de daesh est complexe, mais nous ne nous en sortirons pas par une guerre frontale, qui a, ces derniers mois prouvé son inefficacité. Couper leurs ressources financières serait beaucoup plus utile. Cependant, nos dirigeants et nos médias se gardent bien d’effectuer des enquêtes trop sérieuses sur l’identité des groupes qui achètent le pétrole de daesh, par exemple. Il est moins dangereux pour notre système capitaliste d’appeler à la guerre et d’accuser la religion musulmane que de vouloir limiter la recherche de profit des entreprises…

Arrêtons de relayer sans réfléchir les informations alarmantes que nous fournissent les médias, luttons contre l’austérité et le capitalisme, et luttons contre le racisme de l’extrême droite fascistoïde. Ce sont les seuls moyens de lutter réellement contre le terrorisme !

 

Sophie Hügli,

Comité JS Fribourgeoise / JUSO Kanton Freiburg

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