Du pessimisme teinté d’espoir

Lors de sa prochaine assemblée annuelle en mars prochain, la Jeunesse Socialiste Suisse traitera un papier de position portant sur l’enjeu actuel de la migration. Pour bien comprendre que ce thème revêt un caractère particulier début 2017, une petite analyse de la situation internationale est requise.

Au sortir de la guerre froide, un optimisme fou quasi-inédit prévaut chez beaucoup d’analystes bourgeois-e-s des relations internationales. La démocratie libérale accompagnée de l’économie de marché est en forte progression sur l’ensemble de la planète. On pense alors que l’humanité connaitra bientôt uniquement cette forme de gouvernance grâce à une augmentation des échanges internationaux qui obligeront mécaniquement les autocraties à accepter le suffrage universel. Ceci étant, l’humain sera comblé et ne cherchera plus à trouver un autre système socio-économique dans lequel vivre.

Une désillusion totale

Cette prophétie semblait se réaliser jusqu’à peu, le « printemps arabe » étant l’un des derniers signes de cet espoir. Mais 2016 marque un tournant décisif dans cette conception. Que ce soit Trump et son « America first ! » ou l’euroscepticisme ascendant, on assiste à une redécouverte pure et dure du protectionnisme capitaliste tel qu’il existait avant la première guerre mondiale.

Mais pourquoi une telle débâcle ? La réussite théorique du néolibéralisme n’a tout simplement jamais fonctionné et les dérégulations totales n’ont pas empêché la croissance de ralentir. Malgré la valse médiatique de nombreux chiens de garde défendant un marché mondialisé, le peuple occidental n’a pas été entièrement dupe et a réagi face à la stagnation de son pouvoir d’achat, voir à sa détérioration. En découle cependant un malheureux repli nationaliste.

Le nouvel ordre international

Durant ce temps, les Etats-Unis perdent petit à petit leur statut implicite de maîtres du monde acquis pleinement durant la seconde guerre mondiale. Leur rôle de « civilisateur » part avec. En effet, le pouvoir de l’idéologie américaine, symbole d’émancipation politique et de liberté perd de sa vigueur. C’est cette même puissance idéologique qui a légitimé l’extension aux quatre coins du monde de l’impérialisme américain, sous différentes formes.

Le jeu géostratégique en est aujourd’hui chamboulé. L’impérialisme ne recule pas pour autant, il tend juste à se dépolariser à la faveur de l’émergence d’autres puissances. Les rapports entre Etats deviennent progressivement plus utilitaristes qu’avant. On ne collabore plus avec tel Etat car il ressemble idéologiquement au nôtre mais car il peut nous être avantageux.

De ce fait, les jeux d’alliance sont bouleversés et l’instabilité internationale est accentuée. Les Etats soutiennent une forte compétition pour prendre possession de zones géostratégiques importantes. Les tensions s’y exacerbent encore plus facilement et ces secteurs deviennent des bourbiers dont la solution est indéterminée.

Une vraie urgence

Face à une situation internationale ultratendue et des conflits régionaux interminables, 2017 ne semble pas partie du bon pied. Un aspect dans cette politique internationale semble particulièrement sensible : celui de la migration. Certains partis spécifiques profitent effroyablement de cet enjeu pour améliorer leur poids. Ils n’hésitent pas à décrier la venue de réfugié- e-s en prescrivant comme unique solution une fermeture des frontières. Face à une politique si inhumaine à l’encontre de personnes en exil forcé en raison des situations délicates dans leur propre pays, il est nécessaire d’y opposer une vision progressiste. Surtout lorsque le nombre de réfugié-e-s ne tend pas à diminuer et qu’il faut prendre en conséquence ce sujet à bras-le-corps.

Au-delà des personnes qui se voient contraintes de partir en raison de guerres, d’instabilités politiques ou économiques, le XXIe siècle verra apparaître une nouvelle forme de migration : celle due au changement climatique.

Ainsi, la politique de l’autruche doit être interrompue car elle est intenable humainement. Ce problème doit être réglé à ses racines, en admettant l’impossibilité de faire disparaître les causes désolantes des migrations actuelles dans le cadre donné du capitalisme, puisqu’il en est lui-même la cause. En effet, à travers son impératif d’impérialisme, son modèle productiviste non-respectueux de l’environnement et sa création d’inégalités sociales, le capitalisme engendre une grande vague de migrations forcées et son alternative chauvine telle qu’elle émerge aux Etats-Unis, ne permettra pas d’y changer quoi que ce soit.

Tout cela prouve que l’intérêt général de l’humanité va dans le sens d’un dépassement du capitalisme. La fin de l’Histoire n’est possible que si le système en vigueur ne possède plus de contradiction, tel n’est apparemment pas le cas aujourd’hui.

 

Bertil Munk

Coordinateur de la Jeunesse socialiste vaudoise

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