La gauche française aux élections présidentielles

07.03.2017

En avril et mai 2017, les français voteront dans le cadre de l’élection présidentielle. Après 5 ans de présidence « socialiste », François Hollande ne se représente pas.
La France connait une crise sociale résultant de la crise économique du capitalisme mondial de 2008. François Hollande avait promis un retour de la croissance économique et une baisse du chômage, alors que son mandat restera marqué par la destruction du droit du travail et le mouvement social de résistance. Dans un tel contexte, la crise économique se prolonge en crise politique et la Ve république est remise en cause. Comment se place la gauche dans cette élection ?
Le Parti Socialiste a organisé une primaire autour de son appareil. Benoit Hamon en est sorti vainqueur, avec l’un des programmes les plus à gauche de la primaire. Le candidat du PS veut augmenter le pouvoir des citoyens français pour affaiblir celui de la « monarchie » présidentielle issu de la Ve République, diminuer le temps de travail et parle d’un revenu de base pour faire face au chômage de masse et à la raréfaction de l’emploi. Ce programme social-démocrate est l’une des seules voies pouvant sauver le PS d’une faillite politique de type PASOK. Cependant, le passé de ministre d’Hamon le rattache à l’actuel gouvernement et à ses actions anti-sociales. De plus, la campagne d’Hamon, ainsi que son programme, seront enchainés par les organes du PS, dirigés par une Nomenklatura. Par conséquent, il devra faire de nombreuses concessions pour avoir ces perfides soutiens.
Emmanuel Macron est considéré comme homme de gauche par les médias généralistes, ce dont on peut douter vu ses actions comme ministre de l’économie. Il se présente hors partis via le mouvement « En Marche », dans ce contexte de crise politique. Sa candidature repose sur un programme flou mais ouvertement libéral associé à un grand volontarisme. Candidat issu de la finance, il compte sur les pro-système économique, désabusés par les partis politiques. Il veut surfer sur ces jeunes mouvements populistes centristes qui fleurissent en Europe (La Rivière en grèce, Ciudadanos en Espagne... ).
Jean-Luc Mélenchon se présente également hors partis, à travers son mouvement « La France Insoumise ». Il bénéficie tout de même du soutien du Parti de gauche et du Parti Communiste. Depuis sa candidature de 2012 sous l’étiquette du Front de Gauche, Mélenchon est considéré par les médias comme le nouvel homme politique français de la gauche radicale. Ce rôle a grandi lors de sa nette opposition à la loi travail. De plus, les travailleurs conscientisés voient en lui le porte-parole de leurs problèmes, reprenant l’espoir d’un monde meilleur pour la classe populaire organisée, porté historiquement de 1920 à 1990 par le PCF. Son programme politique clair porte un vrai projet social, et veut appeler une assemblée constituante pour fonder une VIe république. Un autre objectif est de refonder la gauche française autour de lui et d’un projet anticapitaliste, et de tuer le PS. Cependant, la campagne est fortement centrée sur son « leader » Mélenchon. Le mouvement politique reste caché derrière le tribun.
A gauche de Mélenchon, se retrouvent deux candidats dits d’extrême gauche : Philippe Poutou du Nouveau Parti Anticapitaliste (ex-trotskyste, altermondialiste) et Nathalie Artaud de Lutte Ouvrière (trotskyste). Ces mouvements socialistes révolutionnaires ont du mal à être entendu par les travailleurs français, alors qu’ils portent depuis longtemps une critique intéressante du capitalisme et de ses institutions. Leur isolement politique des dernières années, l’actuelle aura de Mélenchon et des erreurs de communications affaiblissent la portée du message du NPA. Les travailleurs se reconnaissent peu en eux.
Un candidat écologiste (Yannick Jadot) est également présent. On pourrait l’oublier, car il est médiatiquement peu en vue, et loin du conflit social français. Jadot fait les frais de l’attitude peu claire des Verts français, qui mènent une politique en zigzag, alternant entre le soutien ou non du gouvernement « socialiste » français.
Durant les périodes de crise, il y a toujours de grands changements et de vieilles institutions peuvent disparaitre en peu de temps. La crise économique et politique actuelle changera l’aspect de la gauche française pour de nombreuses années, tout comme l’échec de la révolte de mai 68 avait façonné le paysage politique français pendant 40 ans.

Brice Touilloux


Membre de la Jeunesse socialiste vaudoise