Le Front National vainqueur?

Pourquoi le Front National sort vainqueur des élections présidentielles françaises?

Le 7 mai 2017, le deuxième tour de l’élection présidentielle française consacrait Emmanuel Macron président de la République. Afin de pouvoir expliquer l’accession au pouvoir d’un candidat ne se considérant «ni de gauche ni de droite», une analyse des forces en présence s’impose.

Durant la Ve République, les présidents sont issus du centre-droit, de la droite ou encore de la gauche. Le deuxième tour du scrutin oppose avec les exceptions de 1969 et 2002 un représentant de la gauche et un de la droite. Le débat d’idées est donc fait de propositions concernant le partage des richesses, la liberté d’entreprendre, des questions sociétales ou encore le rôle de l’Etat. Les projets proposés peuvent être classés sur deux axes: l’un allant d’une politique étatique interventionniste vers une économie totalement libérale et l’autre allant d’une politique conservatrice à une politique progressiste.

Le Front National, de par ses connivences avec les milieux fascistes, son révisionnisme ou ses positions discriminatoires, s’inscrit clairement comme un mouvement d’extrême-droite. Pourtant, le parti travaille depuis les années 1990 à déconstruire cette qualification, notamment grâce à la thématique «ni droite, ni gauche… Français». En déconstruisant le schéma d’analyse politique traditionnel, le FN vise un déplacement du débat politique des axes traditionnels vers un nouvel axe unique: «mondialiste vs nationaliste». Selon cette philosophie, la politique ne doit plus traiter d’une vision de la société ou de la gestion d’un pays mais doit plutôt répondre à la seule question: «devons-nous agir contre la mondialisation ou en faveur de celle-ci?» Afin de rendre possible cette transition du débat politique, l’extrême droite amène des thèmes fictifs dans le débat et les rend récurants. De cette manière, les autres partis sont obligés de se positionner sur ces thèmes et ils adoptent alors une position sur ce nouvel axe. Cette stratégie permet d’ôter toute leur pertinence aux idéaux sociaux, économiques, progressistes ou encore conservateurs «traditionnels».

Une telle transition ne peut s’effectuer que si les forces politiques au pouvoir sont incapables d’offrir un projet de société répondant aux attentes de la population. Or, la sociale-démocratie démontre son échec dans les difficultés éprouvées pour obtenir de nouveaux acquis sociaux, pour redistribuer équitablement les richesses ou pour défendre les minorités contre les discriminations inhérentes à la société. La droite libérale, quant à elle, n’apporte pas d’alternative au système contre lequel la colère monte: le néolibéralisme, qui a également montré ses limites. Puisque les conditions sont remplies, un renversement de la classification politique est possible et la stratégie du Front National peut aboutir.

 Que propose Emmanuel Macron si ce n’est une vision politique dans laquelle le néolibéralisme deviendrait social? Une telle imposture ne devrait pas faire long feu, mais elle séduit pourtant une partie de l’électorat de gauche. Ceci est symptomatique de la situation politique française et de l’efficacité de la stratégie du FN. Le fait que les deux candidats présents au deuxième tour soient issus de mouvements refusant de se classer sur les axes politiques traditionnels démontre à la fois que les politiques traditionnelles ont échouées ainsi que la réussite du renversement du débat politique instauré par le FN. Macron profite tant des échecs des gouvernements précédents que de la stratégie du FN.

Au deuxième tour, près de la moitié des français et françaises – prenant en compte l’abstentionnisme et le vote blanc – ont voté Macron. Ce faisant, ils ont analysé sa politique uniquement sur l’axe « mondialiste vs nationaliste » proposé par le FN. Bien que le nationalisme a été refusé, les français ont joué selon les règles dictée par la droite nationaliste, et dans ce sens, le FN a atteint son objectif qui est d’imposer son agenda politique dans le débat démocratique.

La stratégie du FN a donc d’ores et déjà eu son effet pour trois raisons majeures:

1) Durant les 5 prochaines années, toute grande avancée sociale sera impossible;

2) L’idéologie politique au pouvoir pendant les 5 prochaines années est celle qui fait le nid du FN et 
qui permet ainsi l’appauvrissement du débat politique;

3) L’extrême droite a réussi à évincer les politiques qui se partagent le pouvoir depuis 70 ans, et 
deux candidats s’affirmant « ni de gauche ni de droite » se sont disputés le deuxième tour.

Face à ces constats, les mouvements de gauche doivent se remettre en question. La sociale-démocratie est-elle encore à même de protéger les travailleurs des pièges du néolibéralisme? La sociale-démocratie est-elle à même de faire face à la montée des nationalismes? Quelle stratégie devons-nous adopter pour que la gauche se trouve à nouveau en mesure de revendiquer des avancées sociales?

Les réponses à ces questions se retrouvent certainement dans les raisons d’être de la Jeunesse Socialiste Suisse: la formation politique, le militantisme et la promotion d’une politique ancrée à gauche. Les mouvements de gauche européens doivent sans aucun doute revenir à leurs fondamentaux. Premièrement, la formation doit être remise au centre de l’action politique, afin d’empêcher que des gouvernements affichés « socialiste » mènent des politiques de droite. Deuxièmement, la gauche doit défendre avec ferveur les travailleurs contre le libéralisme, afin que les mouvements sociaux puissent retrouver leur ampleur. Troisièmement, nous devons agir au sein d’un mouvement international organisé et avec des objectifs clairs, car la lutte contre un capitalisme mondialisé ne peut se faire sans une contestation internationale.

 

 


Simon Constantin,

Président des Jeunesses socialistes du Valais romand

 

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