Prendre le pouvoir !

François Clément nous livre ici un article présentant les rouages structurels du système capitaliste, et comment le politique doit pouvoir se prémunir de succomber à ces derniers en garantissant la formation de ses membres.

 

Introduction
Dans l’article « Le Mythe du consensus »[i], je déclarais que tous les partis politiques sont tournés vers la prise du pouvoir, même si la majorité des acteurs politiques ont une pudeur à le déclarer publiquement. Un parti a pour objectif d’appliquer son projet de société. Pour cela, il lui faut avoir le pouvoir de le faire. Il devra donc le prendre et s’imposer face à ses adversaires. J’ajoutais que, pour l’écrasante majorité d’entre eux, la prise du pouvoir passe par le contrôle des institutions politiques, et donc par l’élection de ses candidat-e-s. Je précisais que je ne partageais pas cette vision du pouvoir. En premier lieu, car celui-ci n’est pas monolithique et uniforme, mais a de multiples sources. Elles sont parfois hors du champ politique, et parfois en concurrence les unes avec les autres. Si l’on peut postuler que le but des organisations politiques est de prendre le pouvoir, il n’empêche pas non plus que celui-ci dépasse aussi les institutions politiques. Le présent article a pour objectif tant de préciser ce qu’est le pouvoir politique, et où il se trouve véritablement, que d’appeler à affirmer haut et fort que l’on veut prendre ce pouvoir.

L’organisation du pouvoir
Il est sans doute difficile de définir le pouvoir. On peut déterminer que dans son sens premier, le pouvoir signifie « avoir la possibilité de ». Ainsi, notre pouvoir serait la capacité d’entreprendre une chose ou une autre, sans entraves, ou malgré les entraves. En politique, cela se définit par la capacité d’organiser la société de la manière que l’on souhaite. Le prince a le pouvoir sur ses sujets car il peut organiser leur vie comme il l’entend. Son pouvoir se mesure à sa capacité à appliquer sa volonté, sans entrave ou malgré les entraves. Si, en démocratie, le pouvoir est volontairement plus dispersé, l’énoncé reste valable. Le pouvoir d’une organisation politique ou d’un-e élu-e se mesure à sa capacité à appliquer ses politiques, sans entrave ou malgré les entraves.

Les entraves à ce pouvoir politique sont multiples. Elles sont d’abord d’ordre institutionnel. Dans une démocratie, on cherche à éviter la concentration de pouvoir par un individu ou une fonction, cela afin d’éviter qu’une dictature se mette en place. Mais ces entraves sont aussi d’ordre pratique. Non seulement le cadre de la loi limite les possibilités des élu-e-s, mais l’ensemble de l’appareil supposé appliquer les lois et les politiques au quotidien fonctionne d’une certaine manière par habitude ou idéologie. Et si faire de la politique c’est aussi changer ces institutions, elles peuvent parfois être un obstacle de taille à l’application d’une politique. Elles sont aussi liées à la légitimité du pouvoir politique, ou de celui qui l’exerce, car il est impossible d’appliquer une politique si celle-ci ou celui qui l’applique n’est pas perçu comme légitime par ceux qui la subissent. En effet, même le meilleur appareil de répression a ses limites, et il est plus simple que les gouverné-e-s acceptent le pouvoir en place. De plus, Il faut aussi que l’appareil de répression lui-même estime le pouvoir en place comme légitime. Il est donc à noter que, quel que soit le régime – une dictature, une monarchie ou une démocratie -, celui-ci mettra toujours en place une certaine propagande pour légitimer son existence. Ainsi, une dictatrice dira : « C’est moi ou le chaos ! » Un roi dira : « J’ai été choisi par Dieu pour guider les hommes ! » et un-e élu-e dira « J’ai été élu-e par le peuple pour accomplir cette tâche ! », chacun-e légitime ainsi la structure du pouvoir en place. On peut bien sûr objecter que le troisième est véritablement légitime car les gouverné-e-s ont choisi leur gouvernement. Toutefois, cela n’épargne pas au régime de devoir légitimer son existence, et surtout sa forme. Le peuple est un objet mal défini et, durant une élection, une bonne partie de la population n’a pas de droit de vote ou n’exerce pas ce droit, tandis qu’une autre partie a voté pour d’autres candidat-e-s. Il faut pourtant que tous respectent l’autorité de l’élu·e. Ainsi, dire que le « peuple » a choisi l’élu-e est parfois un argument aussi fragile que « Dieu a choisi le roi ». Mais cela est nécessaire à l’existence de l’appareil du pouvoir politique et à l’acceptation par les gouverné-e-s de cet appareil.

Si le pouvoir politique est la capacité de mettre en place ses propres politiques, il demeure toujours cadré, et donc limité, par les éléments vus ci-dessus. Toutefois, il est un élément de plus qui cadre le pouvoir politique d’une manière redoutablement efficace et moins évidente : le caractère structurant de l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir est structurant
La forme de pouvoir politique existante, comme indiqué plus haut, doit légitimer son existence. À travers une série de mythes fondateurs, de traditions et de justifications, il implante l’idée qu’il est la seule gouvernance possible ou légitime. Mais, par là même, il implante une certaine idée du pouvoir dans l’imaginaire des gouverné-e-s et des gouvernant-e-s[ii]. De fait, l’élu-e va essayer d’entrer dans le cadre de ces mythes et traditions pour correspondre à cet imaginaire, soit car il ou elle l’a suffisamment intégré pour y croire, soit parce qu’il ou elle est suffisamment calculateur/trice pour estimer cela nécessaire à son statut, soit parce que les rappels à l’ordre l’obligent à les respecter. On peut définir ces cadres comme des normes, et les rappels à l’ordre et chicanes (de nos pairs, des institutions ou d’une autorité qui nous enjoignent à respecter celles-ci) comme des injonctions. L’habillement dans les parlements est un bon exemple de ces cadres. On attend du parlementaire qu’il ou elle porte les habits des « gens sérieux ». Ainsi, les vestons et chemises, de couleurs austères de préférence, pullulent dans les hémicycles. Celui ou celle qui chercherait à ne pas respecter cet uniforme devra en payer le prix, en proportion de son éloignement du cadre donné. A travers les remarques ou moqueries de ses pairs, à travers la sanction des électeurs/trices, à travers les remarques bienveillantes de son entourage, à travers le traitement que lui réserveront les journalistes et toute une série de chicanes du même acabit, il subira une pression constante à rentrer dans la conformité. Il est donc plus simple et agréable de se conformer d’office à l’uniforme préconisé. Si les habits sont un exemple qui porte peu à conséquence, il est indéniable que d’autres cadres limitent directement le champ d’action politique.

Le mythe du consensus, par exemple, oblige à renoncer à des idées, propos et méthodes qui ne respecteraient pas un cadre « nécessaire au consensus ». Cela limite extrêmement le débat politique et exclut d’office certaines idées politiques. La « respectabilité » dont doit faire preuve un-e élu-e, du moins de façade et de manière hypocrite, cadre aussi son champ d’action. En effet, certaines propositions qui peuvent ternir cette image ou du moins la mettre en danger, seront écartées par les élu-e-s qui cherchent à se protéger. La « crédibilité » des propositions, pour respecter le cadre de la « respectabilité », est une injonction qui est faite aux élu-e-s. Il faut donc éviter les propositions « irréalistes » qui ne feraient que « décrédibiliser » l’élu-e qui les porte. Et si celui-ci insiste, son parti et ses collègues auront tôt fait de le rappeler à l’ordre, de peur d’être aussi entachés par la proposition « irréaliste » et souvent de manière plus contraignante que ses adversaires d’autres partis. Ainsi, par une série d’injonctions, les politiques des élu-e-s et des partis se retrouvent limitées à des cadres qui définissent ce qui est acceptable ou non.

Les cadres et les injonctions
Au final, peu importe qui est le prince. C’est le clergé qui fixe les règles du jeu en traduisant la volonté de « Dieu ». Et si le prince respecte à la lettre les cadres du clergé, il ne détient de fait aucun pouvoir. Il en va de même en démocratie. La proposition est que le véritable pouvoir est, en premier lieu, dans les cadres et les injonctions qui les portent, et pas dans les différents organes de l’État. Les cadres, dans lequel doivent rentrer les politiques des partis ou des élu-e-s, définissent les limites du pouvoir des élu-e-s. Mieux, en définissant ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, ils dirigent dans une direction ou une autre les politiques des élu-e-s. Ils définissent même la résistance que les collègues élu-e-s, l’appareil supposé appliquer les politiques, les médias et la population opposeront aux politiques des élu-e-s. En résumé, ils imposent ce que l’on a le pouvoir de faire comme élu-e, ils déterminent donc le pouvoir en lui donnant des limites. Il convient donc de se demander qui fait ces cadres, puisque c’est le véritable détenteur du pouvoir politique. A cette question simple, il n’est possible d’apporter que des réponses complexes et incomplètes.

Il est certain que, généralement et pour leur majorité, les personnes qui participent à répandre et défendre les différents cadres ne le font pas volontairement. Celles-ci ont intériorisé les cadres comme non seulement normaux, mais aussi nécessaires et parfois même moralement obligatoires[iii]. Les défenseurs de ces cadres le feront avec d’autant plus de vigueur qu’ils n’ont pas réfléchi aux raisons qui les poussent à le faire et que la remise en question de ces cadres pourrait faire dangereusement vaciller leur système de valeurs. De plus, par un effet boule de neige, plus le nombre de personnes défendant ces cadres paraît grand, plus les injonctions qui les portent semblent légitimes et donc plus virulente sera la défense de celui-ci. Ce qui poussera plus de gens à intérioriser les injonctions et donc augmentera le nombre de défenseurs du cadre concerné. Dans l’exemple des habits portés dans un hémicycle, il est impossible de définir une raison rationnelle à cet uniforme, pourtant sa défense est virulente et considérée comme légitime par de nombreux acteurs/trices. Et c’est cette ignorance de leur existence qui fait en premier lieu la force de ces cadres et leur permet de cadrer si efficacement le pouvoir. Quoi de plus puissant qu’un maître dont les sujets ignorent l’existence, mais respectent les ordres ?

Toutefois, les cadres ne sont pas des éléments immuables gravés dans la roche et implantés de manière permanente. On ne formate pas une population, et les élu-e-s, comme un ordinateur. Les personnes qui intériorisent les cadres et font les injonctions pour les défendre participent aussi à les façonner. En premier lieu, la sensibilité de chaque individu le poussera à soutenir certains cadres avec plus de virulence que d’autres. En second lieu, beaucoup d’injonctions, et même de cadres, entrent en conflit les uns avec les autres. Devant ces contradictions, chacun doit hiérarchiser, consciemment ou non, et parfois différemment d’un moment à un autre, ce qui prendra le dessus, et donc défendre une injonction contre une autre, ou un cadre contre un autre. Dois-je suivre l’injonction qui me pousse à porter un uniforme « respectable » dans l’assemblée ou celle qui me dit « d’être moi-même », l’une venant du cadre de « respectabilité » à honorer, l’autre du cadre du « droit à l’individualité » ? En conséquence, l’ensemble de la société est le théâtre d’une lutte entre différentes injonctions et cadres, et non pas formaté par une série d’injonctions et de cadres unidirectionnels. Il convient donc de savoir lesquels ont pris le dessus, et pourquoi.

Les injonctions qui dominent actuellement dans notre société, et que nous ressentons donc au quotidien, sont issues des cadres du système capitaliste et de l’idéologie néolibérale. En effet, le capitalisme est le système qui domine, sans partage, notre société. Il domine non seulement notre système de production des richesses, mais aussi l’ensemble de l’organisation de notre société. On parle ici de l’hégémonie capitaliste. On peut traduire la puissance de cette hégémonie par l’exemple tout simple de cette phrase que l’on peut entendre à tout va : « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » Notre interlocuteur ne nous demande pas quelles sont nos passions, comment nous nous occupons dans notre temps libre ou quelle est l’activité qui nous définit le mieux. Non, après nous avoir salué et appris notre nom, notre interlocuteur veut connaître notre emploi. Car c’est par lui que nous serons identifiés et placés dans l’échelle sociale. Et, toutes et tous ont intériorisé cette question détournée pour savoir ce qu’elle demande réellement et pour y apporter une réponse sans s’interroger sur la légitimité de celle-ci. Si nous essayons volontairement de répondre à côté : « moi dans la vie, je lis beaucoup, car j’aime cela. » Nous verrons nos interlocuteurs/trices être dérouté-e-s. Ainsi, les injonctions des cadres du capitalisme qui légitiment celui-ci sont celles qui dominent dans notre société. Qu’on le veuille ou non, nous sommes imprégné-e-s et formaté-e-s par ces injonctions dès notre plus jeune âge. Dès la première fois où l’on nous a demandé : « quand tu seras grand-e, tu veux faire quel métier ? », bien que la question n’avait sans doute aucun sens pour l’enfant que nous étions, nous avons été formatés à accepter le cadre de l’emploi comme normal, nécessaire et même désirable. Nous avons intériorisé « la valeur travail », la « nécessité d’être productif » et « les lois du marché », autant d’éléments qui légitiment le système existant.

Le système en place ne peut se maintenir en ne comptant que sur la violence – il a besoin du consentement d’une majorité de gens. Et les gens ont sans doute besoin de justifier le système qui régit leur vie. Ainsi, dans le système féodal, Dieu a choisi le roi pour régner sur les hommes. Aller contre le roi, c’est aller contre Dieu, défendre le roi c’est défendre Dieu. Si cela, aujourd’hui, nous paraît absurde, à l’époque, toutes et tous l’avaient intériorisé et l’acceptaient comme normal, nécessaire et même désirable. L’idée même de contester le roi était blasphématoire et peu de gens s’y risquaient. Et ceux-ci étaient promptement remis en place, sans même l’intervention du roi ou de ses agents, tant leur conception des choses paraissait absurde et inacceptable pour leur entourage. Aujourd’hui on ne justifie pas le système en place par la volonté de Dieu, mais par l’état naturel des choses. Nous sommes poussés à accepter que les échanges commerciaux seraient un réflexe naturel de l’individu qui pratiquerait la société de marché spontanément dans toutes les cultures[iv]. Que le système économique serait régi par des lois naturelles et mécaniques. Que l’emploi est non seulement nécessaire, mais aussi une valeur positive qu’il convient de défendre. C’est vers cela que nous poussent les injonctions dominantes dans notre société : vers la légitimation et le maintien du système capitaliste et donc des cadres qui lui permettent d’exister.

Sous la pression des injonctions, les élu-e-s, qui sont des gens comme les autres, ont intériorisé ces cadres au même titre que vous et moi. Les médias, pour leur majorité, rappellent à l’ordre ceux qui s’éloignent de ces cadres. Car ils sont composés de gens, comme vous et moi. Et le public attend des élu-e-s et des médias qu’ils respectent ces cadres, car ils sont vous et moi. Ainsi, pour un parti qui veut prendre le pouvoir et modifier la société, il est très largement insuffisant d’élire un tel ou une telle à différents postes politiques. Car si, ils et elles, ne sont pas capables d’identifier les injonctions qui les cadrent, les questionner et les combattre, ils et elles seront condamné-e-s à rester dans la limite formée par celles-ci. Ils et elles n’auront donc pas le pouvoir d’appliquer leurs politiques.

Changer les cadres et leurs injonctions ou leur résister
Pour avoir réellement le pouvoir, défini comme le pouvoir d’appliquer ses politiques sans entrave ou malgré les entraves, il importe donc de résister aux plus puissantes d’entre-elles, les cadres, portés par des injonctions, qui limitent les possibilités politiques. Il ne s’agit pas seulement de changer les lois, mais aussi de changer les mentalités et les pratiques. Pour ce faire, deux possibilités doivent s’appliquer en parallèle, résister aux injonctions, et donc aux cadres, et les changer.

La première stratégie implique que les élu-e-s et les membres du parti soient capables d’identifier les injonctions, et les cadres dont celles-ci sont issues, et qu’ils se disposent à y résister. Cela n’est pas une mince affaire, tant il est difficile de se battre contre un cadre normatif qui nous est imposé au quotidien au point que parfois, il devient un réflexe physique. Identifier ce cadre est sans doute un exercice de sociologie et Bourdieu disait qu’elle est un sport de combat. Alors combattre frontalement le cadre demande sans doute d’être ceinture noire de cette discipline. Il est indéniable que personne ne dispose, de manière innée, des compétences pour être ceinture noire d’une discipline quelle qu’elle soit. Il n’y a que par un entraînement assidu que l’on peut espérer repérer le cadre et peut-être le contrer. Pour que nos élu-e-s, nos membres et les futur-e-s élu-e-s aient les compétences pour contrer le cadre et appliquer les politiques de notre parti, il faut donc les soumettre, parfois au détriment de leur orgueil, à un entraînement. Le parti a donc besoin d’organiser des formations pour que le maximum de ses membres, de ses élu-e-s et de ses futurs élu-e-s soient ceinture noire dans le domaine. Une chose qui actuellement semble faire cruellement défaut.

Mais, l’objectif réel, celui qui apporte véritablement le pouvoir d’appliquer nos politiques, est celui de combattre les cadres, et les injonctions qui les portent, à l’échelle de la société. Indéniablement cela passe par le fait, comme organisation politique, de les identifier et de leur résister ; car résister c’est déjà remettre en question. Mais aussi, d’agir de manière à mettre le plus possible les injonctions existantes dans une situation contradictoire, ou absurde, et de mettre en lumière cette situation et de favoriser le conflit dans les visions que nos adversaires défendent. De manière à ce que le public, les autres acteurs/trices politiques ou les médias questionnent les injonctions dominantes, s’interrogent sur les cadres dont elles sont issues et que leurs contradictions les forcent à se positionner vis-à-vis de celles-ci. Cela implique de s’organiser dans le parti, dans les parlements et les exécutifs pour appliquer systématiquement cette stratégie. Et sur le sujet, notre organisation est très en retard. Car, déjà actuellement, les exemples de l’application de cette stratégie pullulent[v], que cela soit par des particuliers qui cherchent à faire émerger une vision critique de la société, ou des partis qui cherchent à redonner du pouvoir à l’acte politique. Il faut à notre tour monter dans ce train en marche, si nous ne voulons pas, comme cela a été le cas pour des organisations similaires à la nôtre, être condamnés à disparaître.

Prendre le pouvoir      
Simone De Beauvoir déclarait : « on ne naît pas femme, on le devient ». On pourrait élargir cette affirmation et déclarer : « on ne naît rien du tout, on le devient ». Nous sommes toutes et tous conditionné-e-s à penser dans une certaine direction par les cadres de la société dans laquelle nous évoluons. Pire, nous sommes marqués dans nos réflexes physiques par certaines injonctions à respecter certains cadres. Et, cette société est capitaliste. Ainsi, tous les acteurs/trices de notre parti, moi y compris, sont aussi conditionné-e-s, à plus ou moins forte intensité, à respecter les cadres dominants dictés par le système capitaliste. Et cela même si ceux-ci vont contre nos objectifs politiques et limitent notre capacité à les appliquer. Les injonctions qui renforcent et défendent le système et notre volonté de renverser celui-ci pour le remplacer par un nouveau sont nécessairement en contradiction. En ménageant la chèvre et le chou, comme le préconisent certain-e-s camarades, nous nous condamnons à des positions politiques bancales et incomplètes. Pire encore, nous sommes perçu-e-s, de par nos contradictions, comme des hypocrites. Et la première hypocrisie qu’il nous faut abandonner est celle qui veut qu’un parti, et que la politique en générale, soit là pour trouver des « solutions » à des problèmes touchant la population pour le « bien commun ». Car ce discours nie ce qu’est en premier lieu la politique : une lutte pour le pouvoir[vi] dans l’objectif d’appliquer une vision de ce que doit être la vie dans une communauté donnée.  Mais cela implique que pour obtenir le pouvoir, il faut avoir une vision de ce que doit être cette société et de pouvoir diffuser cette vision dans l’ensemble de la communauté et de ses acteurs/trices, contre la société déjà existante qui ne manque pas de se défendre. Pour briser l’hégémonie que représentent les cadres qui défendent le capitalisme et les injonctions qui les font respecter, le Parti socialiste doit embrasser systématiquement le conflit qui résulte de cette opposition, affirmer clairement sa position et ses objectifs et les rendre les plus visibles et intelligibles possible. Il faut établir de nouveaux cadres, portés par de nouvelles injonctions, car c’est cela, véritablement, prendre le pouvoir !

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François CLÉMENT

Jeunesse Socialiste Vaudoise

 

 

 

Références

[i] https://www.juso.ch/fr/blog/2017/07/04/le-mythes-du-consensus-face-au-ps-suisse/
[ii] Les Affects de la politique, Frédéric LORDON, Éditions du Seuil
[iii] La Grande Transformation, Karl Polanyi, Gallimard
[iv] idem
[v] Nous pouvons notamment citer Ouvrez les guillemets, Usul, Médiapart ; Podemos, la politique en mouvement, Alberto AMO, Alberto MINGUEZ, La dispute, ou encore la Liste de courses et agenda politique : les “manipulations” de la France Insoumise, Stagirite, YouTube
[vi] L’Illusion du consensus, Chantal MOUFFE, édition Albin Michel

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