#Enough2018

La réappropriation de l’espace public…

Ce samedi 22 septembre, 20’000 personnes venant de toute la Suisse étaient présentes à Berne pour manifester. Notre cri du cœur : égalité salariale, maintenant. 37 ans que ce principe est inscrit dans la Constitution suisse. C’est peu pour un principe si évident, si simple à saisir. Mais c’est apparemment beaucoup trop pour que nos politiques se sentent obligé*es de l’appliquer. Alors nous avons pris la rue. Nous avons défilé, chanté, crié, un peu. Nous nous sommes rencontré*es, nous avons échangé, discuté, et ce sur une place fédérale pleine à craquer, de toutes les couleurs. Mais derrière l’euphorie apparente de tant de personnes se cachait un arrière-gout bien plus amer : celui de l’impuissance légale, de l’impossible résultat souhaité (pour le moment) par les lois.

Peut-on combattre cette impuissance de la sorte ? Une manifestation comme celle-ci apporte-t-elle un plus à notre lutte ? Une insupportable ironie courait déjà sur les lèvres de nos adversaires, du camp bourgeois : « c’est sûr, de telles manifestations font avancer les choses. » « Ah oui, grâce à ça, vous allez être écouté*es, c’est sûr. » Forcément, la mobilisation populaire, ce n’est pas l’apanage de la droite bourgeoise – quel manque de civilité. Quelle affreuse prise en otage de l’espace public.

C’est vrai : ce n’est pas dans notre « ADN suisse » de descendre en masse dans la rue, ou encore pire : faire la grève ! Mais les quelques jalons historiques de ce genre d’actions sont pourtant des pierres angulaires aujourd’hui reconnues de l’avancée de nos revendications : la grève générale de 1918, la grève des femmes de 1991, les rassemblements devant le Parlement en 1993, ces moments particuliers ont forgé l’imaginaire collectif – du moins à « gauche » – et permis certaines avancées conséquentes.

… face à l’inefficacité des politiques…

En février dernier, le Conseil des Etats débattait de la loi sur l’égalité. Dans la salle, discrètes, quelques conseillères nationales ont assisté sans voix au renvoi en commission d’un projet pourtant si maigre qu’il fait presque rire. Nous parlons d’une proposition qui ferait se soumettre à des contrôles, et sans aucune sanction prévue en cas d’écart salarial, moins de 1 % des entreprises de notre pays. La mainmise bourgeoise sur nos instances politiques rend les avancées de ce type difficiles.

Alors, après quelques conseillères nationales qui observent, qui font intrusion dans l’ambiance feutrée de la Chambre haute, nous réagissons : JS, PS, Femmes* socialistes et syndicats lancent l’année féministe. Des actions de soutien aux femmes victimes d’agression à Genève ont été mise en place en 2 jours seulement dans les grandes villes de Suisse simultanément. Des centaines de personnes sur place. Samedi, 20’000 personnes ont pris d’assaut la place fédérale pour revendiquer une égalité salariale qui, si elle est inscrite légalement depuis 37 ans, devrait être une évidence humaine depuis des millénaires.

Pour une lutte déterminée !

En conséquence, oui, agir de la sorte est utile. Oui, cela apporte quelque chose. Quand les élus sont sourds face aux volontés populaires, le peuple se mobilise. Avec moins de virulence qu’ailleurs, avec cette touche suisse qui prétend peut-être nous faire éviter tout débordement regrettable, mais non sans colère, détermination de fer et objectifs clairs. La grève des femmes* est annoncée pour le 14 juin 2019. Elles étaient quelques unes dans la Chambre haute, puis nous étions quelques centaines dans les grandes villes, et ce samedi, plus de vingt mille dans la capitale. Nous serons assez pour faire résonner nos voix à travers les murs du Parlement en juin prochain, et surpasser la mollesse encravatée de propos déconnectées de la volonté populaire.

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