Grèves, manifestations, comment continuer la lutte ?

Dès ses débuts, le mouvement de la grève du climat a suscité de vives critiques de la part du bloc bourgeois, des conservateurs et des climatosceptiques. Incapables d’agir face à une crise pourtant mondiale et urgente, ils ont préféré dénigrer cet activisme pourtant historique. Mais ce mouvement mérite une attention et un respect tout particuliers, non seulement par son contenu politique et sa détermination, mais également pour son organisation et sa capacité à se développer démocratiquement.

Le mouvement de la grève pour le climat a surpris de nombreux*ses observateurs*trices de par l’ampleur qu’il a prise. Rarement dans l’histoire récente de notre pays, voire dans l’histoire de notre planète, un mouvement d’origine étudiante a pu mettre autant de jeunes, de travailleurs et travailleuses et même de retraité*es dans la rue. Il était temps ! Les faits se font de plus en plus menaçants et le réchauffement climatique deviendra incontrôlable si les émissions de gaz à effet de serre ne peuvent pas être réduites d’au moins 50% d’ici 2030 dans le monde entier. D’où la nécessité de changer radicalement notre mode de vie, notre manière de produire, de consommer, de nous déplacer ou de nous alimenter. De tels changements ne peuvent pas venir uniquement des individus. Des décisions politiques ambitieuses se font de plus en plus attendre. En tant que pays riche et innovant, la Suisse doit être un modèle dans la lutte contre la destruction de notre environnement en atteignant la neutralité carbone le plus tôt possible, soit au plus tard en 2030.

Dès le début du mouvement, le mode d’action choisi, à savoir la grève, a cristallisé la plupart des critiques. Les climatosceptiques, nom poli donné aux négationnistes du climat et de la science, ou les différents politiciens n’ayant aucune solution à proposer, n’ont cessé de nous dire de manifester en dehors des heures de cours. Leur intention était claire : nuire à un mouvement dérangeant dont une des principales forces vient de son ampleur internationale (plus d’un million de grévistes le 15 mars), et de sa forte présence médiatique obtenue par le fait de faire grève et non de faire de simples manifestations. La symbolique est aussi très différente. La grève est un acte plus fort témoignant de la nécessité d’un changement profond et rapide de notre société et de notre système économique.

Le mouvement a contribué à sensibiliser de nombreuses personnes et à politiser une jeunesse qui ne se laissera plus imposer des normes destructrices. Il a aussi permis d’unir des milliers de jeunes dans un vrai projet de société durable et solidaire à l’opposé de la vision ultralibérale basée sur la consommation et la croissance sans fin. L’incapacité du bloc bourgeois, PLR et UDC en tête, à proposer des solutions à la hauteur d’une des plus grandes crises de l’histoire de l’humanité est limpide. Plus personne n’est dupe.

Dans le mouvement, la stratégie à privilégier a été l’objet de nombreux débats. Une vision réformiste et parfois naïve a voulu par tous les moyens privilégier le dialogue avec les instances politiques et inclure un maximum de personnes dans le mouvement. Au risque de multiplier les compromis et de privilégier des modes d’action toujours plus consensuels et donc de moins en moins efficaces. Sans établissement préalable d’un rapport de force, soit le fait d’affaiblir le capital au profit des citoyens*nes, seules des mesurettes symboliques pourront être obtenues. Des mesurettes qui ne suffiront évidemment pas à régler une crise majeure menaçant la survie de l’humanité. La généralisation des grèves est une perspective intéressante d’autant plus que la CGT, principal syndicat français, avait appelé à la grève le 15 mars. A court terme, la multiplication des actes de désobéissance civile et des blocages peut aussi forcer le gouvernement à empoigner enfin sérieusement ces problématiques.

La décentralisation du mouvement et son horizontalité amène une autre vision de la démocratie citoyenne et participative. L’émergence de véritables organes de démocratie directe et ouverte pourrait contribuer à relancer le mouvement et à donner plus de légitimité à ses propositions concrètes. Cette idée est complémentaire à une nécessité de formation des militant*es et de diffusion d’analyses anticapitalistes et écosocialistes.

Lutter pour un changement de système, c’est se battre contre le réchauffement climatique, mais surtout pour un monde plus durable, plus libre, plus solidaire et plus démocratique. Nous ne voulons ni de la destruction de notre planète, ni de l’explosion des inégalités, ni d’une vie passée à produire à l’infini pour une poignée de privilégiés. Partout en Suisse nous continueront à lutter pour protéger notre environnent, pour que les richesses du pays profitent enfin à toutes et à tous et pour améliorer nos conditions de vie et nos conditions de travail.

 

Mattéo Ducrest

Membre de la Jeunesse socialiste fribourgeoise et du mouvement de grève pour le climat du canton de Fribourg

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