Solidarité sanitaire par-delà les frontières

Le Conseil fédéral et les autorités sanitaires Suisse ne cessent de le répéter. Afin de limiter la propagation du virus Covid-19 des règles simples sont à appliquer. Se laver régulièrement les mains, et par extension maintenir une bonne hygiène, éviter de sortir et de rencontrer les personnes à risque, ne pas organiser de rassemblements de plus de 5 personnes et enfin la condition souvent omise, ne pas être un.e migrant.e ou un.e SDF.

Actuellement, aux frontières de la Turquie, des milliers de migrant.e.s s’entassent dans des camps de fortunes. Ces êtres humains ne disposent ni de la place nécessaire à la distance de sécurité, ni des installations permettant le maintien de conditions sanitaires ou d’hygiène minimale. De plus, les ONG présentes sur le terrain manquent cruellement de matériel pour tester, soulager ou isoler les personnes infectées. La même situation se répète un peu partout en Europe. Sur la route des Balkans, les migrant.e.s de passage suscitent la méfiance et la peur, précarisant ainsi encore plus leur situation. En France, plusieurs centaines de migrant.e.s s’entassent dans des camps à Calais ou Neuilly-sur-Seine. Les réponses apportées par le gouvernement français sont soit l’inaction, comme à Calais, soit le relogement des migrant.e.s dans des gymnases afin de les confiner, augmentant dans un même temps le risque de propagation d’infection parmi elles et eux.

En Suisse, la situation n’est guère différente. La conseillère fédérale Karine Keller Sutter (KKS) a annoncé le gel des accueils de migrants sauf cas exceptionnels. En effet, elle déclare que les demandeurs d’asile aux portes de la Suisse ne sont pas en danger car se situant dans l’espace Schengen. Ils ont ainsi l’obligation de déposer leur demande d’asile dans leur pays de résidence actuel. Les migrant.e.s et demandeurs et demandeuses d’asile qui agiront selon les prescriptions suisses, à savoir déposer une demande dans le pays dans lequel ils stationnent actuellement, n’auront en conséquence plus aucune possibilité de venir s’installer en Suisse ultérieurement. En effet, selon les accords Dublin, un demandeur d’asile ne peut déposer qu’une seule demande pour l’ensemble des pays signataires du traité. Les personnes effectuant ces demandes ne sont pour la plupart pas au fait de ce détail, au contraire de KKS. Cette manœuvre peut ainsi se comprendre comme une manœuvre délibérée de la Droite visant à profiter de la faiblesse et du manque d’information de ces populations, spécialement en temps de crise, afin de limiter encore plus la venue de migrant.e.s en Suisse. L’hypocrisie d’une Droite bien trop heureuse de pouvoir enfin fermer ses frontières se dessine. Parallèlement à la fermeture, les renvois de migrant.e.s sont maintenus, bien que pour le moment gelé le temps de seulement quelques jours. Le problème est que nombre de pays refusent ces transferts, à l’image de l’Italie. Le Secrétariat d’Etat aux migrations assure donc examiner au cas par cas si le rapatriement est possible en fonction des restrictions d’entrée du pays concerné, des conditions de vol et des risques éventuels pour la santé des personnes concernées. La plupart des organisations suisses d’aide aux migrant.e.s ont demandé la suspension de ces renvois ainsi que des procédures d’asile le temps de la crise, en vain. De plus, il est légitime de se poser la question de la moralité de ce genre de comportements. Les conditions d’accueil des migrant.e.s en Suisse, de par leur confinement dans des centres d’accueil surpeuplés, font d’eux des foyers de contamination potentiels. En une période où la solidarité et l’entraide doivent primer entre les États, la Suisse se permet de renvoyer à travers le monde des individus potentiellement porteurs d’un virus mortel, mettant ainsi leur vie et celle d’autres personnes en danger.

La politique migratoire suisse représente ainsi un double danger. Premièrement, un danger sanitaire en répartissant des personnes à risques au travers de l’Europe et le monde et ce, sans tenir compte des conséquences contaminatrices probables. Deuxièmement, la position du Conseil fédéral est un danger moral. Il est moralement inadmissible d’user de circonstances aussi exceptionnelles afin de permettre à la majorité de Droite de mettre en place son agenda politique isolationniste. Il est également immoral d’user de cette situation afin de diffuser des recommandations qui se retourneront contre les populations les moins bien informées et les plus précaires. Exiger des demandeurs et demandeuses d’asile de déposer une demande à l’extérieur des frontières ne peut pas se faire sans leur avouer que cela les condamnera à rester hors de la Suisse. Utiliser l’excuse du covid-19 en guise de justification démontre un cynisme et une hypocrisie que la JSS se doit de dénoncer.

Contrairement à ce que l’UDC martèle, le nombre d’entrées des demandeurs et demandeuses d’asile sur le territoire helvétique n’a jamais été aussi bas. Des solutions pour faire face à l’arrivée des migrant.e.s existent, comme par exemple, la mise en place de contrôles de santé à leur arrivée, leur déplacement dans des lieux actuellement désertés pour des raisons de confinement, ainsi que prendre des mesures conformes aux normes d’hygiène pour la protection de leur santé, en sont des exemples évidents et aisément applicables. Par ailleurs, le Portugal fait figure d’exemple en la matière en régularisant la situation de ses migrant.e.s en attente de titre de séjour au nom de la solidarité avec les plus démuni.e.s dans cette crise qui touche tout le monde et n’épargne personne.

Non contente d’avoir laissé des milliers de personnes innocentes mourir noyées à ses portes, l’Europe peut désormais se gargariser d’avoir trouvé un nouveau moyen d’exterminer encore plus rapidement les requérant.e.s d’asile. La forteresse de l’Europe n’aura jamais autant bien porté son nom.

 

Groupe de travail Migration romand (GT-Mr)

 

Les commentaires sont fermés.