Hong Kong – Lettre ouverte

Lettre ouverte d’un·e citoyen·ne d’Hong Kong sur la situation actuelle.

Cher Monsieur, Chère Madame, Chers toutes et tous,

C’est indéniable, Hong Kong traverse actuellement une crise politique sans précédent. Depuis la première manifestation à grande échelle du 9 juin 2019 contre le projet de loi sur l’extradition, les libertés des Hongkongais·es sont sur le déclin, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression, la liberté de rassemblement et la liberté de presse. En tant qu’Hongkongais·e [1], je vous écris pour vous donner une vue d’ensemble de la crise humanitaire à Hong Kong et pour vous expliquer comment vous pouvez nous soutenir dans notre poursuite de la liberté.

Les Hongkongais·es font maintenant face à deux problèmes, le premier étant les exactions policières. La police ne cesse de commettre des actes atroces. Ces situations regrettables se produisent d’une part parce que les policier·ère·s de première ligne sont incontrôlables, d’autre part à cause de l’indifférence des officier·ère·s supérieur·e·s. Lors d’arrestations, les policier·ère·s ont soif de revanche et, se substituant à la justice, i·e·ls ont recours à la force de manière excessive. Il n’est pas rare qu’i·e·ls passent à tabac des suspects et ne respectent pas leurs droits fondamentaux ou qu’i·e·ls déshumanisent les manifestant·e·s et les journalistes en les traitant respectivement de « cafards » (un moyen de réification) et de « journalistes en noir » (des « journalistes mauvais/inférieurs »). I·e·ls mènent par ailleurs des assauts osés et arbitraires contre des passant·e·s portant des hauts noirs.

Parmi tant d’autres, les attaques du 21 juillet à Yuen Long et du 31 août à la station de métro Prince Edward sont celles qui ont provoqué les débats les plus enflammés. Les citoyens soupçonnent l’attaque de Yuen Long d’être le fruit d’une collusion entre la police et des membres des triades [2]. Ce jour-là, un groupe armé de membres des triades portant des hauts blancs ont attaqué des passant·e·s dans la rue et des passager·ère·s dans la station de Yuen Long à l’aide de barres de fer et de bâtons de rotin. La police est arrivée 39 minutes après le début des attaques, bien que celles-ci aient été signalées des milliers de fois sur la ligne d’urgence 999. Cependant, aucun·e individu·e impliqué·e dans l’attaque n’a été inculpé·e.[3] Concernant l’attaque de la station Prince Edward, la police est soupçonnée d’avoir attaqué des passager·ère·s au hasard durant l’arrestation de manifestant·e·s suite à un rassemblement. Au moins 10 personnes ont été blessées durant les faits. Depuis, beaucoup ont spéculé que certaines personnes avaient perdu la vie à l’intérieur de la station, celle-ci ayant été immédiatement fermée et l’entreprise MTR[4] ayant refusé de donner accès aux images de vidéosurveillance de cet incident.[5]

Durant les manifestations, la police a toujours recours à des moyens radicaux, comme pousser les manifestant·e·s et les journalistes et leur pulvériser du spray au poivre en plein visage afin de les disperser. Malgré le grand nombre de vidéos qui montrent la police frappant des manifestant·e·s et les traitant de manière inhumaine,[6] la police de Hong Kong ne s’est jamais exprimée au sujet de ces actes controversés. Les craintes des citoyen·ne·s ne sont donc pas apaisées et la police n’admet évidemment pas ses torts. En tant que membres des services répressifs de Hong Kong, les policier·ère·s sont tenu·e·s de respecter les règles. De tels actes prouvent qu’i·e·ls sont incapables d’exercer leur travail avec retenue, et, de manière encore plus critique, témoignent d’un sens aïgu de vengeance envers nos citoyen·ne·s hongkongais·es. Les manifestant·e·s ont exigé qu’une commission indépendante enquête sur ces violences policières présumées, mais le gouvernement est demeuré jusqu’ici sans réponse à ce sujet. Nous sommes conséquemment plongés dans un état de désespoir et de désolation.

Le deuxième problème auquel nous devons faire face est l’insensibilité du gouvernement face aux exigences des citoyen·ne·s. Notre cheffe de l’exécutif Carrie Lam passe outre l’opinion publique et tente de faire adopter la loi sur l’extradition sans nous avoir aucunement consulté·e·s. Madame Lam a délibérément ignoré les voix de plus de 2 millions de personnes, ce qui a plongé Hong Kong dans une impasse irrémédiable. Son impassibilité face aux violences policières présumées ainsi que son soutien inébranlable aux forces de l’ordre ont procuré tant de raisons aux trente mille policier·ère·s de continuer à commettre ces actes illégaux. Pire encore, elle affirme haut et fort pendant les conférences de presse condamner tout acte de violence au sein de notre société. Pourtant, paradoxalement, elle continue d’ignorer le problème urgent des violence policières. Une telle négligence et une telle connivence ne peuvent qu’envenimer la situation. Tout en tentant d’échapper à ses responsabilités et de paraître innocente, elle essaie de désorienter les Hongkongais·es à travers l’emploi d’éléments de langage peu honnêtes. Elle refuse d’établir une commission d’enquête indépendante tout en ne parvenant pas à diriger les forces de l’ordre. Elle est indéniablement responsable de la dérive de Hong Kong vers un Etat policier ainsi que de la mort et des blessures de nos cher·ère·s jeunes. Remuant le couteau dans la plaie, notre secrétaire en chef de l’administration, Monsieur Matthew Cheung, a demandé de manière honteuse et complètement irresponsable au public d’aller de l’avant et de cesser de revenir sur l’incident du 21 juillet, bien que sachant pertinemment que cet événement laissera une trace indélébile dans la mémoire de tou·te·s les Hongkongais·es et qu’il représente très probablement un crime inexcusable commis par la police de Hong Kong.

S’ajoute à tout cela l’ingérence du gouvernement chinois dans l’autonomie de Hong Kong. Dans la déclaration commune sino-britannique, qui est un traité signé par le Royaume-Uni et la Chine ayant pour objet Hong Kong sous la souveraineté chinoise, le gouvernement chinois a accepté qu’Hong Kong soit dirigé sur le principe « un pays, deux systèmes » durant 50 ans, soit jusqu’en 2047. Néanmoins, la récente proposition de l’Assemblée nationale populaire quant à la loi de « sécurité nationale » sur Hong Kong montre que le gouvernement chinois tente d’interférer dans l’autonomie de Hong Kong. L’adoption de cette loi signifierait, et signifie[7] que toute activité sécessionniste ou subversive, tout acte de terrorisme ainsi que toute ingérence de la part de l’étranger sont interdits. La raison principale pour laquelle nous sommes profondément mécontent·e·s de cette loi est qu’il règne parmi nous une méfiance profonde vis-à-vis du gouvernement central chinois. Contrairement à Hong Kong, la Chine est réputée pour son système juridique opaque. Le système de parti unique en Chine nous inquiète aussi grandement puisque le gouvernement chinois a déjà procédé à plusieurs arrestations d’activistes pour les droits de l’Homme, comme Hu Jia et Liu Xiaobo. Ces éléments expliquent la méfiance profonde qui habite les hongkongais·es à l’égard du système juridique chinois. Par ailleurs, une fois que cette loi aura été adoptée, a été adoptée,[8] l’Assemblée nationale populaire a la possibilité de complètement outrepasser la procédure législative locale à Hong Kong (la loi peut être imposée directement, aussi tôt que la cheffe de l’exécutif la publie dans la Gazette).

Vous pouvez, dans la poursuite de nos libertés, également fournir votre aide. Vous pouvez entreprendre des actions visant à réduire ou à interdire la vente d’armes à la police de Hong Kong. Comme mentionné précédemment, le problème des violences policières a été l’une des plus grandes menaces auxquelles les Hongkongais·es ont fait face et font face actuellement. Il y a de nombreuses vidéos montrant des policier·ère·s pointant les manifestant·e·s avec leur arme de service ou même faisant feu sur ces dernier·ère·s. Pire encore, les officier·ère·s de police ne respectent pas les consignes d’usage de leurs armes. Ils ont par exemple fait feu droit dans la poitrine d’un manifestant et ont tiré dans l’œil d’une autre.[9]

Vous pouvez également condamner l’oppression policière à Hong Kong. Les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont par exemple déjà exprimé leur opinion sur le sujet des manifestations ayant cours à Hong Kong. Les Etats-Unis ont voté la loi sur les droits humains et la démocratie à Hong Kong. Comme son nom l’indique, cette loi vise à défendre les droits des Hongkongais·es ainsi que l’exercice de la démocratie sur son territoire. Nous avons besoin d’attention et de soutien international afin que nos voix ne soient pas réduites au silence.

Enfin, vous pouvez aider les potentiel·le·s réfugié·e·s Hongkongais·es qui souhaiteraient trouver refuge en Suisse. Récemment, certaines nouvelles circulant sur internet nous laissent à penser que la Grande Bretagne envisage d’accueillir les Hongkongais·es en tant que « réfugié·e·s politiques ». En effet, les Libéraux-démocrates ont demandé au premier ministre britannique Boris Johnson d’émettre un « droit de résidence » pour les Hongkongais·es bénéficiant de passeports BN(O) octroyés par le gouvernement britannique avant la rétrocession de 1997. Alors que la crise humanitaire qui sévit à Hong Kong ne montre aucun signe de déclin, certain·e·s Hongkongais·e·s envisagent de fuir afin de se sentir en sécurité. Nous serions extrêmement reconnaissant·e·s envers le gouvernement suisse si celui-ci offrait à son tour son aide aux potentiels réfugié·e·s hongkongais·es.

Merci d’avoir pris le temps de lire cette lettre. Votre intérêt ainsi que le temps que vous nous accordez nous touchent beaucoup. Nous vous en serons pour toujours reconnaissant·e·s.

Meilleures salutations,

Un·e citoyen·ne de Hong Kong


Notes de bas de page et sources :

[1] Note du relecteur: L’auteur·e a souhaité rester anonyme pour des raisons évidentes de sécurité personnelle.

[2] Note du relecteur: Groupes mafieux à Hong-Kong et Macao aujourd’hui fidèles au régime de Pékin.

[3] Pour plus d’informations, vous pouvez consulter ce site internet : https://en.wikipedia.org/wiki/2019_Yuen_Long_attack

[4] Note de la traductrice : MTR est l’entreprise à laquelle appartiennent les lignes de métro à Hong Kong.

[5] Vous pouvez trouver plus d’informations ici : https://en.wikipedia.org/wiki/2019_Prince_Edward_station_attack

[6] Pour des vidéos accompagnées de descriptions : https://tl.hkrev.info/en/police-timeline.

[7] Note de la traductrice : signifie, puisque la loi a été adoptée ce 28 mai 2020.

[8] Idem.

[9] Vous pouvez trouver plus d’informations sur le sujet en tapant le hashtag #EyeForAnEye sur internet.

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