#9 : impôt sur les successions : taux à 100%

Quoi de plus illégitime que de s’attaquer aux successions, et d’oser prétendre les taxer à 100%. Ne pas laisser une miette aux héritiers pourtant si méritants. Il faut être fou. Ou oser imaginer une société différente. Car oui, il ne s’agit pas de mettre en place une mesure unilatérale, mais de proposer un changement de rapport au patrimoine, une nouvelle vision de notre société. 9e et dernière revendication de la JSS : l’impôt sur les successions à 100%.

 

L’impôt sur les successions est souvent décrit comme injuste. Le fruit d’une vie de travail serait injustement taxé, au détriment des rudes efforts accomplis par celui ou celle qui s’est constitué peu à peu un certain patrimoine. Parler d’un taux d’imposition à 100% sur les successions relève au premier regard du scandale. Pourtant, si l’on prend le temps d’y réfléchir honnêtement et de se laisser imaginer une société différente, l’on peut rapidement se rendre compte que cette idée est loin d’être absurde.

Soyons abrupts : il s’agit d’un impôt post-mortem qui ne porte préjudice à personne. Les héritiers ne sont en rien responsables de la création du patrimoine de leurs parents. Se retrouveraient-ils donc réellement lésés de ne pas recevoir de compensation financière à la perte d’un proche ? La question est violente, mais réelle. L’héritage justifie un (dés)avantage financier sur seule filiation, ô combien non choisie par l’enfant, tant dans le cadre d’un héritage juteux que de dettes à n’en plus finir. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la coutume veut que l’on répudie les dettes mais se précipite sur les fortunes, quand bien même nous n’avons aucun contrôle préalable sur ce qui va nous tomber dessus. C’est extrêmement trivial, mais témoigne d’un certain « deux poids deux mesures ».

Qui mérite un héritage ? Le terme n’est pas anodin : les discours de droite n’ont de cesse de vanter, dans leur idéologie, une certaine culture du mérite, de la prise de risque, du mythe de l’individu parti de rien qui s’est construit sa place au soleil par lui-même. Un héritage généreusement tombé du ciel devrait ainsi s’apparenter à de l’assistanat et être décrié comme tel par notre élite économique nationale. Choquant ? Pas tant que ça : lorsqu’il s’agit de décrier les personnes qui profitent de l’aide sociale, la foule se presse, criant au scandale. Mais lorsqu’il s’agit du pur hasard de la filiation, qui permet à quelques personnes de bénéficier toute leur vie durant de revenus confortables (plus que confortables) s’accumulant sans avoir à lever le petit doigt, simplement car leurs ancêtres (et non eux) ont accumulé des fortunes, personne ne semble s’étonner.

Ce lien du sang, hasard génétique, coïncidence totale, est créateur d’inégalités exponentielles. Exponentielles car appelées à se creuser de génération en génération, concentrant toujours plus les richesses dans les mains d’un petit nombre de personnes, au détriment de l’immense majorité de la population, qui voit ses moyens propres fondre comme peau de chagrin, faute de circulation des capitaux (pourtant vecteur encensé de la croissance éternelle à laquelle les néolibéraux vouent un culte absolu). La théorie du ruissellement se retrouve mise à mal par la volonté égoïste d’accumulation personnelle de celles et ceux déjà au bénéfice d’immenses fortunes. Un impôt sur les successions à 100% permettrait de couper court à cette logique d’accaparement en concentrant l’évolution financière sur une seule génération.

Les castes sociales d’élite de la finance disparaitraient, et l’égalité des chances s’en retrouverait drastiquement améliorée. Évidemment, selon les moyens de tout un chacun. Le but n’est pas de créer une société méritocratique mais d’assurer la possibilité à tout le monde de s’épanouir dignement, sans être lié par une classe économique héritée aléatoirement. Car il ne s’agit pas d’ajouter purement et simplement un nouvel impôt, mais de remplacer des taxes pesant sur les jeunes ménages par des taxes post-mortem. Et nous sommes loin d’un enrichissement unilatéral de l’état : ces recettes permettraient d’investir précisément là où les gens en ont besoin. Actuellement, un héritage s’obtient aux environs des 50 à 60 ans, là où l’on a généralement déjà construit sa vie, où l’on a moins de besoins, et plus de moyens. Renverser cela, c’est donner plus de moyens à celles et ceux qui ont plus de besoins – en soulageant leur fiscalité et en investissant dans l’éducation, l’encadrement social, les infrastructures, etc.

 

Des contrôles poussés contre la fraude et les montages fiscaux seront évidemment nécessaires. Ils seront d’autant plus justifiés que les impôts mis en place du vivant de la personne s’en retrouveront drastiquement baissés, et la tricherie d’autant plus inadmissible. Souhaiter l’impôt sur les successions à 100%, c’est souhaiter la fin des dynasties financières, c’est-à-dire une réelle égalité des chances. C’est vouloir supprimer des avantages économiques injustes. C’est oser imaginer une société où l’on ne serait plus défini par un quelconque patrimoine, mais par nos accomplissements propres, par ce que l’on est, et non ce que l’on a. Cela s’accompagne évidemment de nombres de mesures favorisant la formation, l’épanouissement social et professionnel, la liberté individuelle. Il ne s’agit pas d’une mesure à mettre en place d’un coup, mais de l’occasion de repenser notre système de propriété, et de réduire les inégalités grandissantes qui gangrènent notre vivre-ensemble.

 

Plus d’informations : https://blogs.mediapart.fr/ebub/blog/240712/abolir-lheritage

Les commentaires sont fermés.