Corona – Réaction de l’État bourgeois

La crise du corona a frappé la Suisse. Mais comment les politicien·ne·s bourgeois·e·s ont-elles*ils à une telle crise ?

De Sandro Covo, Comité directeur JS Suisse

Au début de l’année, alors que la crise paraissait encore lointaine, de nombreuses*eux politicien·ne·s ne l’ont pas prise au sérieux. Alors même qu’elle se répand de plus en plus, nombreuses*eux sont celles*ceux qui considèrent toujours cette maladie comme inoffensive.

Le 25 février, alors que les premiers décès avaient déjà été constatés en Italie, le Conseiller national PLR Christian Wasserfallen a partagé un article de la NZZ qui, avec une connotation un brin raciste, niait le danger du virus. Avec un bon système de santé, le taux de mortalité ne serait pas aussi élevé qu’en Chine affirmait-t-il. La même conviction était toujours d’actualité lorsque le virus s’est répandu en Italie, entraînant son système de santé toujours plus près de l’effondrement.

À l’UDC, on ne savait pas trop comment on devait réagir. Alors que certain·e·s ont tenté de tirer un profit politique du virus contre l’ouverture des frontières, d’autres ont appelé à l’apaisement. Cette réaction rappelait quelque peu leur façon de gérer la catastrophe climatique : certain·e·s mettaient sur le dos de l’UE et des étrangère*ers un problème dont l’existence était totalement niée par d’autres.

La réaction la plus discrète a été, comme presque toujours, celle du PDC. Il venait de déposer son initiative pour un frein aux coûts de la santé. Cette dernière veut coupler les coûts de la santé à la croissance des salaires et de l’économie. L’initiative prévoit également que la Confédération prenne des mesures d’austérité dans le secteur de la santé si les coûts augmentent plus que les salaires pendant une trop longue période. Si ce mécanisme était déjà en place, nous devrions probablement réduire la voilure de notre système de santé dès l’année prochaine. Compte tenu de la situation actuelle, je doute que cela soit vraiment très malin.

Cours d’appui en biologie pour le Conseil fédéral ?

Si l’on considère la réaction du Conseil fédéral face à la pandémie, il faut se demander quelle est sa compréhension de la biologie. Tout d’abord, les grands événements ont été interdits et les écoles fermées. Cela faisait encore sens. L’étape suivante a été de fermer les restaurants, les cafés, les cinémas et pratiquement tout ce qui ne rentrait pas dans la catégorie des « besoins fondamentaux ». Toutefois, les bureaux open space, les chantiers ainsi que tous les autres lieux de travail ne sont toujours pas (à ce jour) concernés par ces mesures.

Le Conseil fédéral suppose-t-il que le virus ne se propage qu’entre personnes n’exerçant pas de travail rémunéré ? Alors qu’il ferme tous les restaurants et salons de coiffure, il interdit aux cantons de fermer les chantiers de construction.

Si l’on part du principe que l’objectif premier du Conseil fédéral avec ses mesures est de protéger la santé humaine et de contenir le virus, les mesures qu’il a prises ne font guère de sens. Dans les Coop et les Migros, les étagères de livres et de jouets sont fermées, mais les fournitures de bureau peuvent toujours être vendues. Ce qui est interdit pendant les loisirs est obligatoire au travail : en public, les gens doivent garder leurs distances, mais les cantons ne sont pas autorisés à fermer les chantiers où la règle de la distance n’est pas respectée.

Bien plus pertinent : des cours d’appuis sur la manière de défendre les intérêts de la population !

Ces mesures ne prennent tout leur sens que si l’on part du principe que le Conseil fédéral protège en premier lieu le taux de profit du capital. L’activité économique doit être restreinte le moins possible. Là où elle doit être limitée, comme dans les restaurants et les salons de coiffure, le Conseil fédéral veille à ce que les loyers et les intérêts continuent à être versés aux propriétaires de capital.

Les banques gagnent même deux fois plus : pour pouvoir continuer à assurer le paiement des hypothèques et des loyers, les petites entreprises doivent contracter des prêts. S’ils ne peuvent pas le faire, le gouvernement fédéral intervient avec de l’argent public. Comme au casino : la banque finit toujours par gagner.

Les gouvernements d’autres pays font également passer le profit avant les vies humaines. Les États-Unis ont dépensé 500 milliards pour les banques, mais de nombreuses*eux Américain·e·s n’ont pas accès au système de santé. La France dispose de milliers de policières*ers, mais de trop peu d’infirmières*iers et de lits d’hôpitaux. La survie du système est plus importante que celles des êtres humains.

Un républicain texan a poussé cette rhétorique à l’extrême en allant jusqu’à demander aux grands-parents de se sacrifier pour l’économie. Il préfère donner sa propre vie plutôt que de remettre en question un système dans lequel les profits ont plus de valeurs que les vies humaines.

Les gouvernements considèrent déjà les morts comme des sacrifices nécessaires à la préservation du système. Leur principale préoccupation est la santé du capitalisme.

Si le gouvernement est occupé à sauver le système, nous devons nous aider nous-mêmes. Des milliers de personnes se sont déjà regroupées dans des groupes de soutien. Partout, les gens s’organisent et s’entraident. On voit apparaître des structures dont le but est réellement le bien-être des gens. En tout premier lieu, nous devons survivre à cette pandémie. Puis nous nous battrons pour ne plus être, lors de la prochaine crise, les souffre-douleur du capital !

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